L’esprit de La Fabrique #5

Nos attachements

Après la thématique du Hors Normes et avoir travaillé deux ans sur la question de la différence, nous avions envie de nous arrêter sur ce qui nous rassemble, ce qui est important pour chacun·e, car nous ressentons le besoin de fédérer, de nous appuyer sur un endroit simple qui résonne pour tous·tes, susceptible d’être source de parole. Comme une évidence, une nécessité de revenir à l’essentiel.
Guidées par cette phrase de René Char : “L’essentiel est sans cesse menacé par l’insignifiant” , les artistes de la Fabrique ont proposé de s’attarder sur nos liens, sur nos identités multiples, sur les souvenirs indélébiles qui continuent à influencer nos vies, sur les choses auxquelles nous sommes profondément attaché·es et que nous souhaitons défendre collectivement.

De l’attachement dans l’enfance qui assure sécurité, bien être et confiance en soi à “nos multiples attachements” à l’âge adulte, ces derniers sont structurants dans nos vies. Ils sont nos forces d’appui, de renforcement, d’identité. Qu’il s’agisse de nos attachements familiauxà nos ami·es, à nos proches, à nos communautés, mais aussi de l’attachement à nos territoires d’habitation pour parler de nos appartements, de nos rues, des endroits que nous avons quittés et des blessures avec lesquelles nous devons apprendre à vivre, ils déterminent ce qui nous constitue pour envisager rencontrer l’autre et définir les endroits de solidarité qui nous prennent aux tripes. Mais c’est aussi et avant tout, dire “nos attachements” à des choses qui sont menacées de disparaître dans un contexte de crise écologique, politique, économique…

1ère saison 2025 – 2026

Le Goût de La Benauge

Morgane Audouin de la compagnie Raoui

Récits intimes de nos attachements

Au mois de décembre, Morgane Audoin est parti dans une grande quête en utilisant le goût et la saveur comme prétextes pour créer des rencontres et partager des souvenirs. À la recherche de ce qui fait commun dans la multiplicité de nos histoires intimes, elle a initié des rencontres avec les habitant·es : C’est quoi, le goût de la Benauge ? De quelles saveurs est-il fait, ce quartier ? De quelles histoires ? Dans quels endroits ce goût nous fait-il voyager ? Quelles personnes, quelles langues, quels moments il vient convoquer ? Quel est pour vous, le goût qui vous ramène immédiatement en enfance ? Le goût lié à un pays auquel vous êtes lié.e ? Y a -t-il un goût, une saveur à laquelle vous êtes attaché.e, que vous ne retrouvez pas ?

Et derrière ces récits de goûts indélébiles, présents, perdus, convoqués, recherchés, et parfois retrouvés, il y a très souvent des histoires de terre natale, de famille, d’exils, d’identités multiples, de maisons d’enfance, de petits villages et de grandes villes. Des histoires peuplées de grands-mères aux fourneaux, mais aussi d’ami·es et de souvenirs de repas gravés dans la mémoire.

Morgane Audouin s’est installé à la Benauge pendant 4 semaines. Un groupe de complices s’est formé pour l’accompagner dans cette aventure. En parallèle, des ateliers multiples ont eu lieu avec les structures du quartier comme le centre d’animation Bastide- Benauge, bibliothèque de la Benauge et le Laboratoire d’Intiatives Alimentaires.

Enfin, le 5 juin 2026, ce projet, qui a pris pour nom « La Tablée », a abouti lors de la Fête de la St Jean, événement fédérateur construit de manière étroite tout au long de l’année avec des personnes et des structures du quartier. Cette matière vivante a pris la forme d’une installation, entre exposition sensible et paysage sonore. Des complices étaient présent·es, passeur·es de récits, pour dire, murmurer, faire entendre ces histoires collectées au fil des saisons. Une invitation à tendre l’oreille, à goûter le quartier autrement et à célébrer ensemble le patrimoine riche et vivant de la Benauge. 

Vous pouvez écouter un échantillon des enregistrements mis à disposition pour les oreilles curieuses lors de la restitution de la tablée :

 

Les daronnes c’est les daronnes 

 

Cuisine, Rap et nostalgie 

 

En Breton dans la cuisine 

 

A l’automne prochain, Morgane continuera ses recherches dans le quartier de La Benauge , un espace où elle est maintenant bien identifiée. N’hésitez pas à venir à sa rencontre pour de nouvelles collectes et des discussions passionnantes !

Avec Jonathan Macias, artiste plasticien du collectif Mont et Merveilles. En partenariat avec le centre d’animation Bastide-Benauge, le Laboratoire d’Initiatives Alimentaires (LIA) et la bibliothèque de la Bastide. Avec le soutien de la DRAC – Nouvelle Aquitaine, de l’iddac – agence culturelle du Département de la Gironde et de la ville de Bordeaux

Avec les complices passeur·es d’histoires Alexis Baudot, Anne, Joséphine et Louise Busser, Catherine Dubreuil, Odile Gardère, Lou-Anne Reault, Juliette Regeard, Jean Reynaud, Emma Riberaud, Penelope Tartas, Nadia Touzani, François Mary, Martine Fabre, Marie Bergeon, Nour Boisseleau et Georgette. Et avec l’aide gourmande de Samira Lamchamache

En savoir plus

De 2007 à 2009, Morgane Audoin suit la formation d’art dramatique des Classes de la Comédie de Reims. Puis, elle poursuit des études de géographie où elle plonge dans des recherches qui mêlent migrations, mémoire et théâtre. Elle intègre ensuite L’Atelier du Livre qui Rêve, compagnie jeune public basée en région nantaise. Pendant trois ans, elle y expérimente la vie de théâtre de troupe et anime des ateliers en milieu scolaire. Parallèlement, elle s’intéresse à la pratique du conte et suit différents stages. En 2017, elle intègre la FAI-AR à Marseille (Formation Supérieure d’Art en espace public). Elle commence l’écriture de Nenna, et crée la compagnie Raoui en 2019, qui porte cette première création. Ce projet est joué à Chahuts en juin 2024. 

“ Le parcours de comédienne de Morgane Audoin la mène rapidement à jouer en extérieur (plages, balade contée…). Elle y découvre un plaisir contagieux, un rapport incandescent au présent, la possibilité d’y jouer avec les aléas, portée par une énergie nécessairement en alerte.”  Julie Bordenave, journaliste pour la FAI-AR 

Vaut mieux en rire

Gaétan Ranson, compagnie La Populaire

De nos attachements à nos engagements

Avec Gaétan Ranson, nous avons cherché à définir “nos attachements” à des choses qui nous touchent, nous font rire ou nous animent… pour créer des communautés éphémères autour de ce que nous souhaitons défendre, fondamentalement politique. Par-là, l’idée est de se rassembler pour échanger, réfléchir, se mettre en mouvement. Peut-on encore rire ensemble aujourd’hui ? Est-ce que l’humour  serait la clé pour se (re)mobiliser ? 

Nous avons souhaité permettre l’ouverture d’endroits de débats et de controverses bienveillants, pour démonter la peur de l’autre et valoriser les choses que nous avons en commun malgré la montée de l’extrême droite. Dans un contexte ponctué par des élections municipales, puis présidentielles, le projet et les ateliers ont permis de faire, sans nul doute, écho à l’actualité.

En 2025/2026, plusieurs semaines de résidences ont permis l’élaboration d’une série de rendez-vous conviviaux pour se rencontrer librement : séance de visionnage du film “Le dictateur” de Charlie Chaplin ; arpentage autour de “L’histoire de la candidature d’un con” et discussion avec son autrice Marie Duret-Pujol ; soirée jeu reprenant les codes du jeu du “Loup garou” en version politique et parlementaire ; atelier de désintoxication de la langue de bois pour identifier les différentes formes de manipulation du discours…

Ce travail s’est approfondi dans une deuxième phase de résidence avec un groupe de 20 personnes aux horizons divers, rencontrées lors des premiers rendez-vous, pour une restitution qui a eu lieu le 10 juin 2026 : le Meeting !  Par des ateliers d’improvisations et d’expressions théâtrales, Gaétan Ranson accompagné d’Eva Bouthier emmène ses complices à penser et composer un meeting qui sonne bien “creux”. Un rassemblement qui a tout l’air d’une campagne politique dans la forme, mais qui dysfonctionne et se réinvente par le rire. Tout au long de l’année, le groupe a travaillé les différents enjeux d’une posture républicaine : comment désamorcer la langue de bois et son mépris, se jouer et rejouer des émotions fabriquées, trouver des formes de résistance par l’humour et le collectif.

Une façon de rire des sujets qui nous étouffent et de sortir de la sidération.

Et pour pousser la blague encore plus loin, les complices ont revendiqués leurs propres affiches de campagnes électorales. Ils se sont affichés dans la rue pour parler politique, mais différemment.  Avec de l’absurde, avec de l’excès, avec de la poésie ou avec de la provoc’, le Parlement Imaginaire de Chahuts est dans la rue ! 

Ces fausses affiches ont été exposées rue des Menuts du 5 au 13 juin 2026, invitant à réfléchir à ce que pourraient proposer politiquement les habitant·es. Entre photographie de portrait et slogan absurde, engagé ou poétique, choisi par les participant·es, cette exposition mettait en avant ce qui tient à cœur à chacun·e.

 

 

Avec les fougueaux complices Marie-Lou Angelo, Baptiste Audy, Esteban Ansonera, Fanny Arnaud, Agnes Bouchet, Slimane Ben Moumen, Christelle Bourgeais, Denis Blanc, Pauline Blais, Christian Calvet, Lucie Chainot, Sonia Chassagne, Karine Delmont, Etienne Gratianette, Marie Lagoutte, Antoine Louis, Hélène Marin, Anne-Cécile Petit, Aurélie Rouillard, Pauline Thomas-Teynié, Brownie Valette, Georgette, Siham Bakhti, Isabelle Belmehdi, Zouzou Bouarrouj, Aurélie Chaigne, Patience Coffee, Wafa Lalhou, Virginie Robin, Rachka Said, Anamaria Seftuic, Saadia Yazough et les résident.es de Mechti

Avec la MDS Bordeaux Saint-Michel (Maison du département des solidarités), la résidence sociale intergénérationnelle Mohamed Mechti, le centre d’animation Saint-Michel et l’association de jeu Maldonne. Avec le soutien de la DRAC Nouvelle Aquitaine, de l’Iddac – agence culturelle du Département de la Gironde et de la ville de Bordeaux.

 

 

Chahuter toute l’année

Éducation artistique et créative

Récits intimes de nos attachements

En étroite collaboration avec les équipes pédagogiques et des équipes artistiques, Chahuts invente des aventures ambitieuses qui encouragent les enfants à prendre la parole et à prendre part personnellement. Ils et elles sont des véritables complices qui fabriquent le festival Chahuts à nos côtés, pour ouvrir les champs des possibles, apprendre à faire ensemble et à transformer les différences en forces.

 

Madeleine de Prou(s)t

Compagnie Donc Y Chocs et les élèves de l’école de la Benauge

Avec la Compagnie Donc y Chocs, les élèves du CE2 au CM2 se sont racontés leurs “histoires de goûts”, les saveurs qui les raccrochent à des souvenirs précis. Ils partagent leurs attachements à des lieux, à des personnes, à des origines, des histoires familiales, des langues, des moments en cuisinant, construisant, jouant autour des goûts. Au fur et à mesure des ateliers, les élèves ont crée des recettes à partager sous forme de texte, de poésie, de petite scène ou encore de miniature. Les élèves, du CE2 au CM2, ont ainsi pu proposer un restaurant des souvenirs. 

La restitution du projet a eu lieu lors de la Fête de la St Jean le vendredi 5 juin 2026  au parc Pincon. Par petit groupe, les élèves ont fait déguster un souvenir au public, qui en a partagé un en retour.  

Sur le bout de la langue

Jonathan Macias et les élèves du collège Jacques Ellul

Avec Jonathan Macias, les élèves des classes Ulis et UPE2A ont partagé leurs attachements à des lieux, à des personnes, à des origines, des histoires familiales, des langues, des moments en cuisinant, construisant, jouant. La restitution du projet a eu lieu lors de la Fête de la St Jean le vendredi 5 juin 2026  au parc Pincon sous forme d’exposition plastique des dessins réalisés. 

Pour jeter un oeil au livre de recettes réalisé par les collégien·es :

https://drive.google.com/file/d/1WCkKSsjCRZg16385rKbXCrZC0qwLdLRa/view?usp=sharing

Ces 2 projet se sont inscrits dans un travail plus global de l’association Chahuts de quête autour du goût et des saveurs, menée par Morgane Audoin, de la compagnie Raoui en résidence de territoire à la Benauge pendant 2 années intitulé “Le goût de la Benauge”.

Avec le soutien de la DRAC Nouvelle-Aquitaine

Autour de Cabane

Compagnie OLA, les Araignées Philosophes et les élèves du lycée Camille Jullian

A partir du spectacle Cabane, de ses processus créatifs et thématiques, deux classes de 1ère du lycée Camille Jullian ont pensé de manière créative aux normes, aux monstrueux, aux préjugés, à la règle, à la punition, à la surveillance, à l’autorité, à la liberté… Nourri par des découvertes artistiques, des temps de questionnements et de conversations autour de ces mots, les élèves ont écrit et enregistré des lettres comme traces des réflexions menées. Une lettre aux monstres et une lettre à l’éducation, que vous pouvez découvrir juste en dessous ! 

 

Lettre aux monstres 

 

Lettre à l’éducation 

 

Avec le soutien de la DRAC Nouvelle-Aquitaine

A quoi tu joues ? 

Le collectif CALK et les élèves des écoles des Menuts

Depuis le début de l’année, le collectif Calk s’est glissé dans les baskets humides, les histoires folles et les amitiés de la récréation. Une série d’ateliers a été entamé avec les écoles des Menuts, de la toute petite section au CM2. Chaque séance a été une occasion de se demander: Et toi, à quoi tu joues ?  Cette recherche active autour de l’imaginaire du jeu et de la récréation a donné lieu à la publication d’une gazette de quartier, la Gazette Mazette, mais aussi à la création d’une fresque colorée dans la cour de récréation de l’école élémentaire des Menuts

 

Dans le cadre d’un marrainage soutenu par la ville de Bordeaux dans le cadre de la labellisation 100% EAC et de Grandir et s’épanouir

Rituels de rencontres sous forme de veillée

Veillée = temps entre le moment du repas du soir et celui du coucher, qui était consacré à des réunions familiales ou de voisinage.

Une fois par saison, Chahuts vous donne rendez-vous au centre d’animation Saint-Michel pour une veillée entre ami·es et inconnu·es, marquée par la présence d’une équipe artistique. Un moment d’échange simple et convivial, une occasion de se rencontrer, de se raconter, de goûter un petit bout d’un projet artistique, où tout le monde est bienvenu.

Une première veillée d’automne 

Pour la veillée d’automne nous avons profité de la présence de la Compagnie Hej Hej Tak en résidence à Chahuts, autour de leur prochain spectacle Antigone(s) en partenariat avec le réseau Traffic.

Nous avons fait un apéro collectif de partage autour des moments dans notre vie où on a osé dire non à une autorité injuste. On y a discuté autour du mythe d’Antigone, de résistance et de désobéissance face à l’injustice… Un endroit de débats et de controverses bienveillants, pour démonter la peur de l’autre et valoriser les choses que nous avons en commun malgré la montée des extrêmes. Un moment émouvant et intime qui a marqué notre rentrée.

 

Veillée d’hiver 

Cet hiver, nous avons accueilli Adèle Zouane, pour une semaine de résidence à Chahuts autour de son prochain spectacle Mon mec veut devenir rappeur et accueilli un crash test de ce dernier en fin de semaine. Avec ce spectacle drôle et touchant, Adèle Zouane plonge dans l’intime, là où s’invente la force motrice du couple et sur le sens qu’on tente de donner à nos vies. Son amoureux rêve de rap, elle rêve qu’il réussisse ! Un verre de vin chaud à la main, nous nous sommes  réchauffé avec des “souvenirs-talismans”, des tentatives musicales et des apartés philosophiques, pour se donner envie de croire en soi et en ceux qu’on aime. Un spectacle retrouvé  pendant le festival le samedi 6 juin.

 

Une veillée de printemps entre le volcan et la vague

C’est bien connu, le printemps fait monter la sève des rencontres !

Pour célébrer le printemps et nos liens, nous étions en compagnie des artistes de la compagnie De chair et d’os, Caroline Melon et Jonathan Macias. Par petit groupe, nous avons découvert leur jeu “Le Volcan et la Vague”, qui nous invite à échanger sur les relations affectives et à raconter des anecdotes pour mieux se connaître. Un moment tout doux, où chacun·e a dévoilé seulement ce qu’il a envie de partager. Un jeu pour rigoler, se rencontrer et se raconter.