Méthode
… Encore un peu de blabla… pour ceux qui ont du temps, envie de creuser, de mieux comprendre l’esprit de Chahuts.
De la nécessité de la parole
Le nom même de l’Association, Chahuts, invite à la controverse, à la discussion, aux prises de position diverses et variées. Il n’est cependant pas plus violent que ça : un chahut signifie un mouvement, une agitation, un remue-ménage. Le cœur de notre travail, c’est de soulever des questions. En tant qu’opérateur culturel, nous nous devons de proposer la dissection des problématiques du monde dans lequel nous vivons, mais ce n’est pas nous qui apportons les réponses. Elles sont amenées par les personnes avec qui nous travaillons, qu’elles soient artistes, collectivités, associations ou personnes en leur nom propre. Ces réponses sont donc multiples, et parfois contradictoires. Nous considérons que notre démarche tient plus de la mise en commun de ces paroles, pour tenter de construire un espace de discussion, de rencontre et d’échange. En vérité, nous avons bien peu de certitudes, et cette posture nous conduit plus au doute et aux nuits blanches. Nous acceptons de nous tromper et nous le faisons régulièrement, parce qu’il n’y a qu’en prenant des risques qu’il est possible d’avancer.
Et les arts de la parole, c’est quoi, vraiment ?
Ah la vaste question ! Et bien voilà de notre côté comment nous décrivons les arts de la parole :
– l’artiste est auteur·ice, il porte sa propre parole.
– il est en adresse directe au public, c’est bien lui ou elle, l’artiste, qui s’adresse à nous, à poil, comme disent les slameurs.
– il produit des images mentales par le biais des mots. Avec la puissance et la magie de ses histoires et/ou de ses dispositifs, il nous embarque et c’est à nous, spectacteur·ices, de faire la moitié du chemin avec notre propre vécu.
Voilà donc des paramètres pour décrire un champ disciplinaire, les arts de la parole, que nous nous amusons à détourner et à ne pas appliquer dès que nous en avons l’occasion. Parce que la question de l’étiquette disciplinaire nous intéresse assez peu, qu’on la trouve obsolète, parce que ce qui nous intéresse davantage, c’est la posture de l’artiste et sa démarche. Et quel pas de côté il nous fait faire par rapport au monde, comment il nous permet de le regarder autrement, de modifier, d’enrichir notre rapport à lui et aux autres.
Un rapport aux territoires et à ceux qui les font vivre
Dans sa vision des choses, Chahuts privilégie une relation horizontale, que ce soit avec les artistes, les partenaires culturels et sociaux, les collectivités et les élu·es qui mettent en œuvre une politique culturelle. Elle se situe dans l’échange et la construction ensemble.
Chahuts affirme haut, fort et sur la durée, sa volonté de travailler au plus proche « du terrain » c’est à dire avec différents partenaires (culturels, associatifs et socio-éducatifs). La richesse de cette pluralité a pour objectif la construction collégiale de projets qui génèrent la circulation des idées et des compétences entre personnes et structures, entre quartiers, entre générations. L‘association veille à l’articulation des idées de chacun vers une construction commune, portée par tous.
Tout comme à ses débuts, l’association ne s’est pas implantée arbitrairement sur le quartier Saint Michel, mais au contraire était née d’une volonté de plusieurs acteur·rices professionnel·les du territoire, son travail, sa méthode d’approche de la co-construction s’appuie de plus en plus sur l’existant en continuité.
Les projets qui émergent font l’objet d’un diagnostic de terrain. Ils sont pensés sur la durée pour évoluer avec l’environnement dans lequel ils s’inscrivent. Ils viennent en écho à une réalité de l’ici et maintenant. De l’élaboration à l’évaluation, en passant par la réalisation des projets, les partenaires sont soit issus des structures culturelles ou associatives, soit des personnes agissant en leur nom propre ou encore des artistes en compagnonnage.
Créer des liens vivants
Il s’agit donc de créer des liens entre les gens dans l’objectif de renforcer :
- l’estime de soi
- l’implication de chacun avec ses compétences individuelles au service d’un collectif
- la rencontre avec autrui pour une plus grande ouverture au monde
- l’émancipation individuelle ou collective
- la conscience de la dimension culturelle de chaque initiative
- le désir de découvrir et/ou de s’impliquer dans des propositions artistiques
- la curiosité de « pousser de nouvelles portes » qu’il s’agisse de lieux culturels ou socio-culturel, d’espaces publics et même de lieux privés
- l’envie de transmettre ses idées, ses convictions
Tous les projets de l’association sont centrés sur cette participation de part et d’autre avec la même considération, que l’on soit professionnel·le, artiste ou habitant·e, chacun·e apporte sa qualité/faiblesse, sa fragilité/force, pour une créativité toujours en mouvement.
Tisser des projets de territoire avec du sens
Bref, en tout cas, l’idée c’est : comment sortir de la frénésie actuelle des saisons de spectacle toujours plus grosses, du temps qui manque pour accueillir les artistes, les personnes, de la tyrannie du chiffre, de l’épuisement des équipes, de la perte de sens générale, de la fin du monde programmée ?
Et si un des endroits de résistance à cette course à l’échalote, c’était prendre le temps, construire des projets sur deux-trois ans, y associer des personnes (de la conception du dispositif à sa réalisation), se permettre de se tromper, de « rater mieux », comme dit Beckett, et être autant attentif au processus qu’à la réalisation des choses ?
Faire ensemble
A travers ses projets, l’association s’intéresse aux personnes quelque soit leur fonction sociale. Il s’agit de permettre à chacun·e de trouver des espaces d’expression dans une dimension participative et d’apporter le soutien à l’organisation et la mise en commun.
Ainsi l’association travaille à créer des espaces de décisions, d’expression pour un mieux-vivre ensemble, mais également pour un mieux-être individuellement. Car si l’on prend en compte l’avis, l’expérience de chacun·e et qu’on le confronte, qu’on le frotte avec d’autres, l’individu ne se positionne plus comme spectateur·rice ou non-spectateur·rice mais s’accorde le droit et la nécessité d’être acteur·rice de sa vie, critique et exigeant.
Cela peut alors prendre la forme de résidences de proximité, de mise en place d’ateliers participatifs, d’organisation d’espaces de débats formels et informels, de sorties aux spectacles… Ici la notion de collectif, de partage, de découverte, de mise en relation, de créativité, d’invention, de curiosité, de tentative, d’ouverture… sont au cœur de la démarche.
La parole aux plus jeunes par des projets d’éducation alternative et créative
Chahuts tisse des projets ambitieux qui permettent aux élèves de s’impliquer personnellement dans un parcours culturel taillé sur mesure pour eux. Enrichir les contenus proposés par l’école à l’aide d’expérimentations artistiques, de mises en voix ou en mouvement, d’exercices d’imagination, d’outils qui permettent à chacun·e de prendre la parole, la fabrication commune d’un événement qui va s’intégrer au festival, voici la philosophie des projets EAC de Chahuts. En sous texte : (re)donner le goût d’apprendre, augmenter la confiance en soi et l’esprit d’initiative, proposer un outil de construction du regard et de la curiosité au monde, apprendre à faire ensemble.
La transmission du savoir-faire de Chahuts
Le grain de folie impulsé par Chahuts dans l’espace public et son lien historique au Centre Social de Saint Michel permet de dépasser le clivage classique entre dynamiques artistiques et actions sociales. Ce savoir-faire qui consiste à co-écrire les projets artistiques avec les habitant·es et pour eux et qui se construit depuis 30 ans à Chahuts, peut rayonner et être transmis lors de rencontres avec des professionnel·les d’autres territoires.
